Le parti hindou Shiv Sena, qui tire son nom d’un héros national du XVIIe siècle, veut lutter contre les influences extérieures, occidentales ou musulmanes, qui viseraient à affaiblir la nation indienne. Un temps au pouvoir dans l’État du Maharashtra, il est actuellement aux affaires à la mairie de Mumbai.
Shiv Sena, ou « armée de Shiva », fait référence à Chhatrapati Shivaji, un héros national qui après avoir arraché des terres à l’empire mongol, a fondé l’État marathe en 1 674.
Allié au parti hindouiste national BJP (Bharatiya Janata Party), le Shiv Sena a mis à profit son bref passage au gouvernement du Maharashtra pour rebaptiser l’aéroport de Mumbai en « Chhatrapati Shivaji International Airport » ! Devenu le principal parti d’opposition, il bénéficie encore du soutien des petits quartiers et de nombre de syndicats.
Aider les travailleurs
« Au début, il ne s’agissait pas de fonder un parti mais d’aider les travailleurs », explique Anil Desai, secrétaire de la formation. « Puis, quand Mumbai a acquis le statut de capitale économique, la ville a attiré beaucoup d’immigrants. Le travail n’allait pas aux gens de Mumbai. »
C’est alors qu’un dessinateur de bandes dessinées, Bal Thackeray, se fait remarquer par sa rhétorique anti-migrant, et fonde en 1966 le Shiv Sena. La lutte contre l’immigration venue du Nord vers Mumbai constitue encore aujourd’hui un de ses leitmotivs. « Si les immigrants arrivent en masse à Mumbai, c’est parce que les politiques ne font pas bien leur travail dans les autres États », justifie Anil Desai. D’après lui « Bal Thackeray est devenu très populaire. Il est adoré comme un dieu par les Marathi ».
Mais l’engouement n’est pas unanime. Le Shiv Sena traîne beaucoup de casseroles : assassinats, émeutes ou fonctionnement en mafia lui sont reprochés… Suketu Mehta, auteur de « Bombay, Maximum City », écrit ainsi : « Bal Thackeray est directement responsable d’avoir ruiné la ville dans laquelle j’ai grandi. »
Le Congrès n’a pas les mêmes priorités. Il n’a jamais aidé les vrais gens.
Le Shiv Sena s’oriente rapidement vers un nationalisme dur et prône la doctrine de l’Hindoutva, qui définit le sous-continent indien comme l’Hindustan, la terre des Hindous. D’après Anil Desai, « on ne peut cohabiter avec les musulmans que s’ils vibrent pour l’Inde. » Le secrétaire illustre son propos avec le cricket : « Dans les matchs qui opposent l’Inde au Pakistan, les gens qui se considèrent comme des citoyens de l’Inde ne devraient pas se réjouir de sa défaite ! »
Le solide gaillard qui boit son thé dans l’antichambre du bureau se méfie de tous « ceux qui magouillent avec le Pakistan ». Chef de quartier, il a rejoint le parti par conviction religieuse. Il se considère comme un soldat et souhaite une Inde exclusivement hindoue.
Officieusement, les attentats de Bombay de l’été 2006 auraient été préparés au Pakistan. « Le plus grave, c’est que les autorités du Maharashtra avaient des informations dans ce sens et qu’ils n’ont rien fait ! » Bénéficiant d’un réseau organisé et discipliné, le Shiv Sena a immédiatement envoyé ses volontaires dans les rues pour porter secours aux blessés. En politique, comme au cricket, il faut marquer des points.
> Article dans le magazine TEM Bombay, p26-27 (PDF)
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Repères
Institutions et partis
L’Inde est une République fédérale, composée de 28 États et 7 territoires. Elle a obtenu son indépendance du Royaume-Uni en 1947 et fête tous les 26 janvier la proclamation de la République (1 950).
Le pays est présidé par un chef de l’État élu pour cinq ans par le parlement, secondé par un vice-président qui est, de droit, président de la Rajya Sabha, la chambre haute du Parlement. Il est élu par un collège composé de membres des deux assemblées. Mais c’est le Premier ministre qui exerce véritablement le pouvoir. Il est choisi au sein du parti arrivé en tête aux élections législatives.
Les deux principaux partis sont le Bharatiya Janata Party (BJP, le Parti du peuple indien, nationaliste hindouiste) et le parti du Congrès national indien (ou parti du Congrès). Afin de former une majorité, des coalitions sont souvent nécessaires avec d’autres partis représentés au Parlement. Parmi les principaux, on compte deux grands partis communistes (dont l’un se présentant comme marxiste), de nombreux partis régionaux ou régionalistes, ainsi que des mouvements extrémistes hindouistes anti-musulmans, comme le Shiv Shena, le Conseil mondial hindou (VHP), le Corps national des volontaires (RSS).
À noter : Abdul Kalam, président de l’Inde élu le 26 juillet 2002, est musulman tandis que Manmohan Singh désigné premier ministre le 22 mai 2004 est sikh.
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