Carnets extramuros

Au fil de Typo

Fondation Akanksha. Des classes pour apprendre et devenir.

Seema, fille de bidonville, devenue bénévole à Akanskha “Les enfants des bidonvilles affrontent des problèmes qui ne sont pas de leur âge. Ils passent à côté de l’enfance !” Née de ce triste constat, la fondation Akanksha mise sur l’éducation pour donner une chance aux enfants défavorisés. Seema, 20 ans, présente aujourd’hui la fondation à de potentiels bénévoles. Une vraie passion l’anime et on sent sa proximité avec les enfants dont elle parle. Pour cause, elle aussi vient de la rue, et habite toujours à Worli, le bidonville du sud de Mumbai où elle a grandi.

La présentation commence. “ En prenant en charge la scolarisation des enfants des bidonvilles, nous cherchons à révéler le potentiel des enfants et à leur donner confiance en eux-mêmes ”, explique dans une vidéo d’introduction, Shaheen Mistri, fondatrice d’Akanksha en 1990. Une volontaire résume l’idée au cœur du projet : “ Nous cherchons à leur donner le sentiment d’avoir accompli des choses pour que se développe en eux la dignité. C’est de cette manière qu’ils pourront se bâtir eux-mêmes un futur.” Les enfants réalisent à Akanksha des œuvres d’art qui sont mises en vente. L’argent ainsi récolté est déposé dans les comptes bancaires mis à leur disposition. La caméra montre ensuite un petit garçon qui lance dans un grand sourire : “Si j’apprends, je peux devenir ce que je souhaite ! ”

Petits débuts, grand résultat

Seema accompagne du bout des lèvres les enfants qui chantent pour conclure la vidéo. Venue étudier dans un centre Akanksha à l’âge de 12 ans, Seema répond aujourd’hui, dans un anglais impeccable, aux questions de l’auditoire. “ Il y a beaucoup d’interaction avec les élèves, mais ce n’est pas toujours facile d’attirer leur attention. On apprend beaucoup au travers de chansons ”, explique-t-elle. Rushi, membre de l’équipe de la fondation, a connu Seema à son arrivée au centre et se rappelle qu’elle y a suivi les cours brillamment. “ C’était facile”, assure fièrement Seema qui a poursuivi avec des études de gestion et qui ambitionne maintenant d’obtenir un MBA, le prestigieux diplôme.

Akanksha qui a débuté avec 15 enfants, en soutient aujourd’hui quelque 2600, répartis dans 51 centres. Plus de 250 volontaires, des étudiants, des femmes au foyer, des professeurs ou encore des travailleurs sociaux, y collaborent. Pour arriver à ce résultat, il a fallu batailler ferme durant ces quinze années. Il fallait convaincre les écoles de mettre à disposition des espaces pour les cours et, plus dur encore, persuader les parents d‘autoriser leurs enfants à y assister.

Viser l’indépendance, au rythme de l’enfance

En plus de la lecture et de l’écriture, la classe comprend maths, géographie, musique, danse, théâtre, sport… En fonction de ses aptitudes, l’enfant peut suivre des classes “ professionnelles ” où l’apprentissage de la couture ou du jardinage lui permettra de devenir indépendant. Des cours d’informatique faciliteront un premier emploi dans un bureau, etc. L’objectif d’Akanksha est d’intégrer les enfants dans une scolarité normale en remboursant par exemple les frais d’inscription aux familles en difficultés. Ces mesures visent particulièrement les filles qui représentent 60 % des effectifs.

Mais si Rushi est persuadée qu’” une bonne éducation à un jeune âge est le meilleur moyen d’aider les enfants à s’aider eux-mêmes ”, le projet a été conçu avant tout pour que ces derniers puissent passer un moment agréable. Le centre d’accueil, très coloré, avec des murs recouverts de dessins, se veut une chambre douillette.

Seema est restée proche des professeurs qui allaient la chercher en bus dans les quartiers déshérités. Ses amis sont ici, “ parmi les grands et les petits”. “ J’aime être avec eux ”, confie-t-elle. À son tour, elle va chercher les enfants pour les emmener à l’école. Elle est devenue un modèle : “C’est très touchant d’avoir des enfants qui veulent être comme moi. ”

Pour boucler la boucle, les enfants devenus adolescents apprennent à réinvestir dans la société ce qu’ils ont découvert grâce à un programme “social”. Parmi d’autres, le projet “ Pragati” permet aux enfants de s’investir dans une relation d’aide aux personnes âgées dans les hôpitaux. “ En faire des enfants responsables pour qu’ils deviennent des citoyens responsables ” est une des nombreuses devises de la fondation.

À la fin de l’intervention de Seema, un homme en costume, convaincu, se lève pour demander des informations pratiques. Analyste financier dans une banque d’affaires, Vikram Dadlani confie “ éprouver le besoin de redonner à la société un peu de ce dont il a bénéficié. ” Et, même si donner de l’argent est une option possible, « cela ne nourrit pas son âme”. Voilà pourquoi il souhaite apprendre à donner de son temps à Akanksha. 

http://www.akanksha.org

Article publié dans le magazine TEM Bombay, p14 (PDF)

Filed under: Bombay 2006 , ,