“ Mon entreprise ne connaît pas la crise… ” semble être le refrain préféré de la presse écrite en Inde. Selon les dernières statistiques officielles, le pays comptait au 31 mars 2006 un total de 62 483 journaux, dont 2 074 nouveaux titres créés en 2005-2006. Pendant cette même période, seuls quatre titres ont cessé de paraître.
Le pays, où le 16 novembre est le jour national de la presse, possède une solide tradition en la matière. Certes, le meilleur y côtoie le pire mais la croissance est là. « L’Inde est le seul pays ou les lecteurs augmentent » déclare, très satisfaite Carol Andrade, responsable des nombreux suppléments du Times of India.
On distingue les titres nationalistes, les régionalistes et les capitalistes. Le Times of India fait partie des derniers. Fondé en 1 838 à Bombay, il est à ce jour le premier quotidien en langue anglaise du monde (exception faite de la « presse de caniveau » britannique), avec une diffusion de 2,18 millions d’exemplaires en moyenne. Les deux journaux en Hindi, Dainik Bhaskar et Dainik Jagran, complètent le podium.
Le Times appartient à Bennett Coleman, le plus important groupe de presse du pays. Il fut d’abord appelé The Bombay Times and Journal of Commerce avant de changer de nom en 1 861. « Nous faisons très bien avec peu de moyens, il y a beaucoup d’écoles de journalisme qui sont très performantes… » Le discours de Carol Andrade se veut très positif, tout comme celui de Manisha Dhingra, une jeune journaliste : « Le journal emploie environ 7 000 personnes. Avec ses éditions en anglais, en hindi et en marathi (langue de la région de Bombay), il est représentatif de l’Inde. »
Mais tout le monde n’apprécie pas autant le Times of India. Prerna, étudiante, fustige ainsi « un journal frivole dans ses choix éditoriaux. »
Une offre pléthorique
La concurrence ne manque pas. Autoproclamé « seul quotidien national indien », l’Indian Express est le grand rival du Times of India. Il est connu pour son « journalisme du courage ». Les lecteurs aiment ses enquêtes sur des scandales politico-financiers. À Calcuta, le Times of India lutte avec le Telegraph, à New Delhi, avec le Hindustan Times. Dans le sud du pays, The Hindu, né en 1 878 à Chennai (Madras), est connu pour sa ligne de centre-gauche ainsi que pour ses analyses indépendantes et ses prises de positions équilibrées.
Il faut compter aussi avec les hebdomadaires. India Today est l’hebdo de langue anglaise le plus lu, avec 3,5 millions de lecteurs. Plutôt conservateur, il est apprécié pour « son sérieux ». Créé en octobre 1995, Outlook suit de près India Today avec des positions « plus libérales » et se distingue par ses critiques contre la droite religieuse hindoue.
« Nous avons une presse très libre ! »
Selon Carol Andrade, « la presse n’a pas peur et peut être très irrévérencieuse. Cette liberté est parfois même trop grande selon certains d’entre nous. » Les journalistes de Tehelka ne partagent probablement pas cet avis. Journal en ligne en 2000, Tehelka est devenu une référence en révélant les scandales liés au trucage des matchs de cricket. Après avoir dénoncé un des plus gros scandales de corruption politique dans le pays en mars 2001, le magazine d’investigation a été poursuivi devant les tribunaux et le site a failli fermer. Tarun Tejpal, son rédacteur en chef, a cependant réussi à remettre à flots Tehelka sous la forme d’un bimensuel puis d’un hebdomadaire papier le 7 février 2004. Il a encore fait parler de lui en publiant une tribune réclamant plus de journalisme d’investigation. Mais souvent jugé trop polémique, le titre ne rencontre pas son public.
La presse n’a pas eu que des heures glorieuses. Pendant l’état d’urgence imposé par Indira Gandhi, les média n’ont pas fait de vagues. De cette période reste la politique de sanction et de récompense mise en place par le gouvernement au travers des annonces gouvernementales. Publiées régulièrement, elles constituent une aide directe. Dans l’édition du Times of India du 15 août, jour de la fête nationale, les différents ministères indiens rivalisaient ainsi de pages publicitaires pour souhaiter à tous une « heureuse indépendance ».
Les compromis de la concentration
Le journalisme indien est né du combat pour l’indépendance. Mahatma Gandhi, Jawaharlal Nehru et d’autres se conduisaient en journalistes ou en patrons de presse, publiant leurs propres journaux. Parfois très pamphlétaires, ils traitaient néanmoins l’actualité sans compromis, mettant la puissance coloniale sur la défensive. Mais la concentration a imposé à la presse indienne un système de valeurs aux antipodes de son rôle traditionnel.
Le département « Réponse » du Times of India assure la coordination entre les services de rédaction et ceux de la publicité. « Nous avons des suppléments pour tout ce que vous voulez », affirme fièrement Carol Andrade. On assiste de plus en plus à un empiétement des impératifs commerciaux dans la rédaction. En fonction de ses finances, on peut à l’extrême chanter ses louanges dans des espaces à vendre, non différenciés pour les lecteurs du reste du contenu éditorial.
Malgré ses insuffisances, la presse indienne reflète l’immense diversité du pays. Il existe des journaux dans les 22 langues régionales reconnues par la constitution indienne ainsi que dans plus de 100 autres langues ou dialectes. L’Inde compte bon nombre de journalistes talentueux qui dénoncent les dérives de la presse, la corruption, les pots-de-vin ou les grands sujets de société, de la politique des castes aux foeticides des filles, en passant par l’intégrisme hindou et musulman…
- The Times of India : http://timesofindia.indiatimes.com
- The Indian Express : http://indianexpress.com
- The Hindu : http://www.hinduonnet.com
- Tehelka : http://www.tehelka.com
- India Today : http://www.indiatoday.com
- Outlook : http://www.outlookindia.com
- Registrar of newspapers (Registre des journaux, RIN) : https ://rni. nic. in/
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