Comme toutes les très grandes villes, Mumbai connaît les problèmes d’une urbanisation galopante. Dans un contexte de crise du logement, et de spéculation intense sur les marchés immobiliers, la conférence “Planification urbaine et environnement” a marqué, le 12 août dernier, la naissance du
Centre pour les études urbaines.
Comment faire en sorte que les mégalopoles n’oublient pas les pauvres en cours de route et améliorent la qualité de la vie de tous leurs citoyens ? “À l’heure où des bidonvilles sont démolis au bulldozer, sans propositions de relogement, c’est la question-clef que devront résoudre les responsables indiens du secteur”, souligne Neela Adarkar, du cabinet d’architecte Adarkar Associates.
“Concertation et coopération sont les conditions de la mise en place d’une réelle gouvernance pour une politique de développement réfléchie et maîtrisée”, affirme-t-elle. Ces 20 dernières années, la planification urbaine en Inde s’est surtout intéressée au contexte culturel et social ainsi qu’aux processus de changement des communautés, mais la prise en compte de l’environnement et le souci du développement durable n’ont fait leur apparition que tardivement. On observe actuellement un mouvement d’implication croissante de la société civile. Les politiques de développement sont discutées et évaluées par des citoyens qui veulent avoir leur mot à dire.
Neela et son mari, Arvind Adarkar, sont tous deux architectes, chercheurs et urbanistes. Professeur à l’Académie d’architecture de Mumbai, Arvind Adarkar coordonne le Mumbai Study Group, un groupe de travail pluridisciplinaire sur les projets urbains de Mumbai. Des ateliers regroupant avocats, journalistes, universitaires et architectes analysent, critiquent et proposent des alternatives aux instances politiques sur le plan de développement de la cité. Ils planchent actuellement sur la fermeture des usines du centre-ville, qui laisse sur le carreau tout une génération d’ouvriers, « ceux qui ont permis à la ville d’être ce qu’elle est aujourd’hui ». Dans ce cas précis, le Mumbai Study Group a décidé de “recueillir les témoignages de ces pionniers afin de valoriser leurs réalisations, pour qu’ils ne soient pas oubliés par les décideurs plus enclins à écouter les offres de promoteurs immobiliers. ”
Forts du constat que “ ceux qui décident ne sont malheureusement pas bien informés ”, ils ont souhaité créer un Centre pour les études urbaines afin de donner plus de poids à leurs recommandations. “ Plusieurs groupes travaillent sur ces problématiques de la ville, mais individuellement. En rassemblant, le Centre donnera plus de force aux propositions faites aux décideurs”. Et comment ces décideurs répondent-ils ? Neela Adarkar avoue que pour l’instant, “ il n’y a pas de collaboration officielle. Mais nous invitons systématiquement des fonctionnaires aux colloques pour les informer des problèmes et des solutions que nous proposons. ”
De nombreux défis à relever
La préoccupation majeure concerne la répartition des terres. Sa rareté et le fait que l’État en contrôle une bonne partie favorisent la corruption. Shipla Sakapal, urbaniste au MMRDA*, l’organisme qui assure le suivi du développement de Mumbai, bûche sur un projet de métro qui va traverser la cité d’est en ouest. Encore une fois, “le casse-tête c’est l’acquisition de terres, qui complique le tracé ”, confie-t-elle.
“Le nouveau centre répond également au besoin de formation de la prochaine génération d’urbanistes”, ajoute le professeur Pallavi Latkar, responsable du nouveau département d’études urbaines. La formation naissante à de nombreux défis à relever. D’après Sheela Patil, doctorante tout juste revenue des États-Unis, l’Inde manque de données. “Le contraste est saisissant. Alors qu’aux USA tout est numérisé, ici il faut partir de zéro ”, lâche-t-elle. “ Il n’y a pas si longtemps, c’était illégal de numériser une carte de Mumbai”, explique Pallavi Latkar. Les étudiants devront donc se rendre sur les sites, collecter et analyser l’information. Résoudre la crise des transports urbains, endiguer le développement des bidonvilles… Les sujets d’examen risquent d’être corsés !
* Mumbai Metropolitan Region Developement Authority
Article publié dans le magazine TEM Bombay, p15 (PDF)
- Pallavi Latkra
- Sheela Patil
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